Ah! vous vous souvenez trop de mon indulgence, naguère, à tolérer vos énigmes. Dans le parfum de l'encens, dans la pompe et les atours, j'avais la faiblesse d'une femme. Aujourd'hui, non, vous me retrouvez plus haute et plus inaccessible, précisément parce que je suis vaincue et que je vais mourir.
L'EMPEREUR, s'inclinant devant elle.
Oh! souveraine, jamais vous ne me fûtes plus sacrée.... Ne vous offensez pas de mes paroles et pour un temps encore laissez-moi mon masque et mon mystère. Écoutez seulement ceci: échappé de ce même palais où, il y a quinze jours à peine, vous m'étiez apparue dans la splendeur impériale, je courais vers Pékin, pour demander à l'Empereur, que vous haïssez tant, d'arrêter l'horrible guerre. En route, j'ai su qu'elles marchaient comme la foudre, nos armées tartares, et j'ai rebroussé, de toute la vitesse de mon navire et de mes chevaux, pour les donner de moi-même, les ordres d'apaisement et de trêve; j'en avais le droit, tenez: voici le sceau qui m'accorde, au nom des Tsin, les pleins pouvoirs. Vous l'avez dit, je ne suis pas de ceux à qui l'on ose désobéir ... du moins en face, quand c'est moi-même qui parle.... J'ai appris maintenant comment on ordonne et comment on impose.... Daignez seulement permettre aux vôtres de faire les signaux qui demandent grâce ... rien qu'un pavillon hissé là sur une tour ... et pas une de leurs têtes ne tombera, je le jure....
L'IMPÉRATRICE
Pour m'offrir cela, prince, il faut que vous ne soyez pas de sang impérial.... La Fille du Ciel n'accepte point la merci d'un Tartare!..
SCÈNE IV
LES MÊMES, PRINCE-FIDÈLE, UN VEILLEUR, puis LE CHEF DES SOLDATS, et LES SOLDATS.
UN VEILLEUR, criant du haut d'un mirador démantelé qui est au faîte des remparts.
Une armée, là-bas, là-bas!... Ils reviennent, les Tartares! Des milliers, des milliers.... Dans le crépuscule, au loin, c'est, comme une traînée noire....