Ah! vous le voyez, me voici comme votre Empereur tartare: on ne m'obéit pas!... Allez le lui dire, à votre maître.... Et en même temps, vous lui conterez comment on sait mourir dans le palais des Ming.... Allez, Seigneur, vous avez votre congé.
L'EMPEREUR, implorant avec plus d'instance.
Souveraine!... Et si c'était moi, à présent, qui l'implorais la grâce ... la grâce de rester ici et de tomber à vos côtés....
L'IMPÉRATRICE
L'honneur de tomber aux côtés de l'Impératrice, je ne l'accorde qu'à ces braves,—qui sont de ma race, entendez-vous,—et qui ont prodigué leur sang pour me défendre. Allez, Seigneur, j'ai dit. (Se rapprochant de lui, parlant très bas et vite, cette fois, comme une affolée.) Un seul mot encore pourtant.... Mon fils, autour de qui l'armée du Sud tient toujours.... Mon fils ... puisque vous semblez tout oser et tout pouvoir ... essaieriez-vous de le délivrer, lui?... Mais non ... quand c'est la mère qui parle en moi, je déraisonne et ne sais plus.... Essayer cela, ce serait trahir le maître que vous devez servir ...
L'EMPEREUR
Je ne sers point de maître, je suis au-dessus des trahisons, libre comme les Dieux et seul devant ma conscience.... J'essaierai.... Je vivrai pour essayer....
L'IMPÉRATRICE
Faites ainsi!... Et, à ce prix-là ... plus tard, dans les nuages où tous les morts se retrouvent et se fondent ... mes Mânes ne seront point hostiles aux vôtres.... Maintenant, allez, Seigneur.... Nos dernières minutes nous sont nécessaires.... (A Prince-Fidèle en lui faisant signe d'emmener l'Empereur tartare.) Prince, l'audience est close.
PRINCE-FIDÈLE, à l'Empereur qui hésite à s'éloigner, comme sur le point de faire quelque révélation décisive.