L'IMPÉRATRICE

Non!... Reste sur la terre, reste pour garder l'amour que je t'ai donné.... Qui donc se souviendrait de moi et rendrait un culte à mes Mânes?... Dans la vallée d'éternel silence, par les avenues de marbre, sous l'ombre des cèdres obscurs, qui donc viendrait rêver aux grâces évanouies de ma forme d'un jour.... Dis, tu resteras.... Mais, viens plus près encore.... Si tu n'as pas peur du dernier souffle d'une mourante, approche aussi tes lèvres, mon époux, que j'aie au moins connu ton baiser....

L'EMPEREUR, appuyant les lèvres éperdument sur les siennes.

Oh! même ta poussière me serait désirable, même la décomposition de ton corps.... Peur, tu demandes si j'aurai peur!... Le respect seul desserrera mon étreinte ... quand je sentirai que tu ne vis plus....

L'IMPÉRATRICE, égarée, se dégageant à demi.

Ah! oui ... je l'entends, la grande cloche qui sonne.... C'est le signal, alors?... Et je sombre.... Retiens-moi, mon époux.... Empêche que je sombre ainsi ... que je m'abîme ... dans le vide....

Pendant un instant de silence, ils restent enlacés. Et puis l'Empereur se rejette en arrière en poussant un cri, et la morte s'affaisse sur le dossier du trône.


SCÈNE X

L'EMPEREUR, seul, puis LA FOULE.