Malheureusement, les Chinois n'ayant aucune méthode pour noter la musique, si ce n'est quelques caractères tout à fait insuffisants, les traditions devaient fatalement s'altérer et se perdre, et si l'on a pu reconstituer les règles anciennes, presque rien n'est resté des compositions primitives.
En résumé, bien que beaucoup d'obscurité enveloppe encore la musique des anciens Chinois, on peut certifier que plusieurs siècles avant les Égyptiens et les Grecs, ils possédaient un système musical parfaitement fixe, très complet, et d'une haute portée morale.
CHAPITRE V
LA POÉSIE
Un jour, le grand sage Confucius rencontra son fils sur le seuil du pavillon des Livres, et lui dit:
«Mon cher Khong-Li, êtes-vous bien avancé dans l'étude de la poésie?»
Avec un certain dédain, l'adolescent répondit:
«Je ne m'y adonne pas, mon père.»
«Vous avez tort, mon fils. Si vous n'apprenez pas la poésie, si vous ne vous exercez pas à faire des vers, dussiez-vous ne devenir qu'un médiocre poète, vous ne connaîtrez jamais complètement votre langue, vous ne saurez pas bien parler.»
Confucius, lui, était poète. En Chine, la poésie semble aussi ancienne que la Chine elle-même, et comme cela arrive presque toujours, le premier de ses poètes, ce fut le peuple. Il chantait les vertus de ses souverains, leurs exploits, leurs fêtes, il les blâmait aussi quelquefois, et dirigeait contre eux de vives épigrammes. De leur côté, les empereurs répondaient par des exhortations, composaient des hymnes, des chants de guerre, des élégies. Un grand nombre de ces poèmes primitifs ont été rassemblés et sauvés de l'oubli par Confucius, qui les a classés et en a formé le recueil si célèbre, intitulé «Le Che-King livre des vers.»