La tactique avait été d'empêcher le ravisseur d'approcher des domaines du roi des Dragons, car la relique ne pouvait être rendue qu'au Dragon lui-même.
Ce soir-là, Cèdre d'Or et Jade Pur étaient étendus sur une grève au bord de la mer, attendant la marée et le vent, pour s'embarquer sur une petite jonque couchée sur le flanc à quelque distance dans le sable que l'eau n'atteignait pas encore.
Cette fois, il fallait quitter la Chine pour continuer la poursuite du voleur fugitif qui avait passé là quelques heures plus tôt et avait fui sur la mer. Jade Pur se sentait le cœur serré à l'idée de s'éloigner de son pays, de se confier aux vagues capricieuses sur une aussi frêle embarcation. Elle songeait à sa chaumière, au vieux sapin tordu, aux iris et aux nénufars qui bordaient le petit étang, tout en or au soleil levant, et où un oiseau venait boire. Sans doute elle ne les reverrait jamais. Allait-elle enfin atteindre le but, ou fallait-il perdre tout espoir? En tous cas, celui qu'elle avait voulu sauver échapperait à la mort: une fois hors de Chine, il n'y rentrerait que lorsque la sentence serait rapportée...
Alors, si elle revenait, elle, c'est lui qu'elle ne reverrait plus!
Cèdre d'Or, couché sur le sable, regardait Jade Pur à la dérobée et, au soupir qu'elle poussa, répondit par un soupir pareil. Il savait maintenant que Jade Pur était une jeune fille. Un courrier de son père venait de lui révéler ce mystère, qui éveillait en lui un trouble profond.
Un à un les bateaux se relevaient, dans le petit port de Liang-Kiang. La jonque fut à son tour atteinte par l'eau: les deux marins qui la montaient dressèrent le mât, tendirent la voile de paille, d'un sifflement appelèrent les deux passagers et bientôt, bondissant sur les lames, la jonque s'éloigna du rivage.
Poussée par un bon vent, elle aborda, après trois jours de navigation, à la petite île d'Okinava-Sima, au Japon.
La contrée était ravissante avec ses falaises dont les fleurs et les lianes croulaient en cascades, ses tapis de mousse, sa verdure claire qui contrastait avec le ton sombre des vieux cèdres.
Mais les voyageurs n'avaient pas le loisir de s'attarder dans la contemplation de la nature.
Jade Pur, les yeux demi-clos, interrogeait la pierre, car aucun vestige de celui qu'ils poursuivaient n'était visible. La pierre indiqua une forêt dont la lisière barrait comme d'un mur le côté droit du paysage. Elle s'élança dans cette direction et Cèdre d'Or la suivit.