J'ouvre, au hasard, l'une d'elles: voici un «Bazar à Marrakech»; la disposition des boutiques sous le toit de poutres qui, çà et là, laisse par un trou, voir l'éclat du ciel, voilà qui attire invinciblement ma curiosité et la retient; puis c'est l'allure des passants qui la sollicitera; puis la qualité de l'ombre lumineuse qui règne sous ce «couvert»; et j'ai tout revu du Maroc, si je l'ai visité autrefois; j'en ai tout vu et appris, si je ne le connaissais pas.
Bien plus parlant encore m'apparaît ce maigre personnage de bonze noir, le «Porteur de dépêches,» qui, son bâton horizontal sur le dos, à la hauteur des épaules, les coudes en arrière, les mains comme accrochées et pendues aux extrémités de sa matraque, d'un pas large et fatigué, chemine dans le crépuscule—sur le ciel vert et jaune, se détachent là-bas, le profil d'une habitation mauresque et les silhouettes de deux bédouines ... Cet étique fantôme, c'est le facteur de là-bas, le porteur de rêves, d'espérances, de déceptions aussi, l'incarnation même du voyage.
Dans «l'Égypte» on remarquera plus particulièrement les «Arabes du désert.» Cette page donne l'idée exacte d'une course de chameaux comme j'en ai pu voir moi-même, non pas en Égypte, mais en Tunisie.
Et quoi de plus amusant, pour des yeux d'écolier, que «l'École d'enfants dans la Mosquée du Sultan Kelaun,» les bambins assis à terre, leurs babouches à côté d'eux—le maître «assis en tailleur» dans sa grande chaise ajourée!
Certes, la photographie, de nos jours, nous présente partout et à toute heure des documents aussi précis, mais non pas avec cette variété et cette gaîté de couleurs, qui, pour les petits et les grands, est un attrait des plus vifs... qu'on se rappelle l'influence de l'ancienne et naïve imagerie d'Épinal sur nos cerveaux enfantins. Heureux les enfants d'aujourd'hui!
Comment, avec des mots, à moins d'être Pierre Loti, donnerez-vous au lecteur l'idée de ce que peut être un prince hindou, un maharadja en grand costume? Et que vous en dirait la photographie sans la couleur? Comment saurez-vous que l'éléphant qui porte ce prince est vêtu d'un brocart d'or? que le char sans roue, le trône qu'on voit sur le dos de l'énorme animal est, comme le prince, un ruisselement de dorure? L'image coloriée peut seule le dire; à elle seule elle est un conte féerique; et voilà une façon gaie d'apprendre aux bambins ce qu'est un maharadja et dans quelles somptuosités il parade parfois, sous un parasol d'or, et sur un éléphant recouvert d'or flamboyant et de pierreries rutilantes.
Le texte des deux volumes sur la Chine et le Japon a été demandé à Madame Judith Gautier.
Personne ne pouvait mieux qu'elle parler de cette Chine «qui a inventé tout ou presque tout, à une époque des plus reculées. Il y a quatre mille ans les chinois se servaient déjà de boussoles. Bien des siècles avant Gutenberg, ils avaient inventé l'imprimerie, ils gravaient des livres qu'ils tiraient en nombre illimité. Ils ont inventé la soie, il y a 4500 ans. Ils ont même inventé la poudre: il y a neuf siècles, ils en emplirent des globes de fer qu'ils lançaient à l'aide de tubes: c'était presque des obus.»
Madame Judith Gautier nous parlera des mœurs, des usages, de la poésie de ce pays où une justice extraordinaire, qui paraît se complaire à inventer les supplices les plus hideux, permet aux criminels les plus redoutables, lorsqu'ils sont condamnés à mort, de s'acheter un remplaçant parmi les citoyens pauvres et honnêtes.
Dans le volume sur la Chine, je vous signale la planche où sont représentés «Les cormorans pêcheurs.» Elle est, par elle-même, des plus explicatives. D'un coup d'œil, on apprend, sur cette pêche, et d'inoubliable manière—ce qu'il en faut savoir, c'est-à-dire la forme et les attitudes des oiseaux pêcheurs, la structure du radeau qui les conduit à leur besogne, la façon dont ils portent le collier qui s'oppose à l'ingurgitation de la proie.