—Non, non, rassure-toi....
—C'est heureux, car j'allais faire allumer des braises, rougir des fers, et te cautériser, de force, jusqu'à l'os.
—Merci!... Quelques fers à repasser suffiront, pour cautériser mon paletot.
—Mais quelles raisons ce chien avait-il de t'en vouloir? Les animaux sont logiques et n'agissent pas sans raisons, comme les bipèdes. Avais-tu escaladé les clôtures confiées à sa garde, pour enlever quelque bourgeoise?
—Cet animal était dans son droit: je l'avais offensé, en lui marchant sur la queue, exprès.... Mais je suis très humilié, parlons d'autre chose.
Décidément, je ne saurai jamais pour quelle raison ce grand poète s'était acharné à jouer un mauvais tour à ce pauvre chien des rues. Peut-être ne le savait-il pas lui-même; ou seulement avait-il cherché à se ménager une entrée originale, en racontant son aventure: il aimait beaucoup n'être pas ordinaire et causer de l'étonnement.
Je savais de lui plusieurs histoires assez remarquables. Banville racontait, entre autres, qu'il avait un jour rencontré Baudelaire dans la rue; celui-ci, après quelques instants de causerie, s'était interrompu pour lui poser cette question:
—Ne trouveriez-vous pas agréable, cher ami, de prendre un bain, en ma compagnie?
—Comment donc! s'écria Banville sans vouloir paraître surpris le moins du monde, j'allais vous le proposer.
Et il entra, résolument, dans le premier établissement qui se présenta, en demandant une chambre à deux baignoires.