—Tu l'as, cette photographie?

—Bien sûr! Elle m'a fait jurer, plus de dix fois, que je te l'apporterais.

Après un regard furtif vers Giulia, qui ne s'occupe pas de lui, Mario me dit en baissant un peu la voix:

—Monte voir les petites, et, après, va dans ma bibliothèque. J'irai t'y écrire ces quelques mots.

La maison, un hôtel qu'on a loué tout meublé, est vaste et confortable, mais assez banale. L'organisation intérieure se modèle sur celle d'Angleterre: la nursery est au second étage, et là les enfants sont bien chez eux, sous la surveillance discrète de la gouvernante et de la bonne anglaises.

Les trois fillettes accourent et nous accueillent par des cris et des rires. Elles sont charmantes, sous leurs cheveux libres qui bouclent jusqu'à leurs épaules, leurs robes blanches légères et fraîches, ornées seulement d'une ceinture à longs pans. Rita, très brune et très blanche, avec le nez un peu fort et les sourcils très accentués, est déjà grande; mais les deux autres, la douce et timide Cecilia, et Clelia, délicieusement mutine, sont toutes petites. Giulia, dans son magnifique automne, près de l'âge où l'on peut être grand'mère, a toute une jeune nichée à elle. Une quatrième fille, Maria, la dernière, qui n'avait pas trois ans, a été emportée brutalement par la mort, il n'y a pas encore très longtemps, et c'est pour cela que les ceintures, des trois sœurs qui restent, sont noires sur les robes blanches.

Le poème d'Émaux et Camées, intitulé les Joujoux de la Morte et qui commence par ces vers:

La petite Marie est morte,
Et son cercueil est si peu long
Qu'il tient, sous le bras qui l'emporte,
Comme un étui de violon....

a été inspiré par ce berceau creusé en tombe.

J'entends Mario qui chantonne en montant l'escalier, et je me dépêche de descendre un étage pour le rejoindre dans son cabinet.