—Est-elle jeune et jolie, au moins?...
—La tournure est très bien; mais la dame cache sa figure sous un voile.
—Mauvais signe!...
Cependant, avant de descendre, Mario s'approche de la glace et fait bouffer ses cheveux.
En bas, dans le vestibule, une femme, mince et grande, couverte d'un voile noir, se tient debout. Elle regarde s'avancer le beau chanteur, enjoignant les mains, comme en extase. Quand il atteint les dernières marches, l'inconnue se jette à genoux, lève les bras au ciel, et entonne, d'une voix vibrante et grave, le Miserere du Trovatore. Mario s'arrête, interloqué d'abord, mais il a bientôt fait de reconnaître cette voix et il s'écrie, un peu vexé et déçu:
—Allons, grande folle, finis tes bêtises!
Un frais éclat de rire, longtemps contenu, lui répond et la Borghi-Mamo, rejetant son voile, lui saute au cou.
—Tu as été pris! tu as été pris! crie-t-elle, tu croyais que c'était une amoureuse!...
Mario ne veut pas en convenir. Il prétend, au contraire, qu'il l'a devinée tout de suite, et que c'est lui qui l'a fait poser.
Dans le salon, les convives sont maintenant réunis et causent par groupes, assis ou debout.... Tous n'ont pas été invités: la maison est hospitalière et la table s'allonge indéfiniment. Nombre d'artistes italiens, jeunes ambitions ou espérances déçues, sont les clients de ces gloires; ils évoluent dans leur atmosphère, attirant sur eux un peu de lumière, ou se réchauffant à leur rayonnement.