Quand la trompette aura sonné,
Trois fois,

est empreint d'un fier enthousiasme qui se communique au chœur, dont les voix reprennent le thème, le gonflent et l'augmentent dans un crescendo superbe. Le trio qui vient ensuite est souligné par un adorable accompagnement. Au second acte, l'on a longuement et bruyamment applaudi l'air que chante le coryphée des messagers de paix, félicitant Rienzi. Rien de plus suave, de plus tendre et de plus délicat que cette cantilène, admirablement dite par Mlle Priolat, à qui toute la salle l'a redemandée. Le chœur des patriciens qui conspirent est aussi fort beau. On sent à travers les sourds murmures les révoltes de l'orgueil froissé et les grondements de la haine encore impuissante. L'entrée et la douleur d'Adriano, s'expriment dans l'orchestre par deux notes de hautbois qui ressemblent au soupir d'un cœur blessé. Ce pur et charmant détail fait prévoir le Wagner futur dont l'orchestre sait tout dire et tout faire éprouver. Le septuor et le chœur final sont des morceaux d'une puissance et d'une grandeur étonnantes et qui vous soulèvent comme sur des ailes.

Nous avons remarqué au troisième acte la marche militaire d'un rythme si ferme et si guerrier; la prière des femmes pendant le combat, dont le tumulte intermittent augmente la ferveur et l'effroi; au quatrième acte, la marche de la paix et la magnifique situation dramatique de Rienzi, maudit, excommunié, restant seul sur les marches de l'église; au cinquième acte, la prière de Rienzi, admirable de ferveur et de tristesse.

Surgis Soleil, et sur le monde
Fais resplendir la liberté.

Dans ce morceau on entrevoit le puissant Wagner d'aujourd'hui, et l'entrée de la sœur du tribun, qui le console par son amour dévoué, est une éclaircie, par où apparaissent une seconde, les anges aux ailes frémissantes du prélude de Lohengrin.

On ne peut que féliciter M. Pasdeloup, le nouveau directeur du Théâtre-Lyrique, qui a déjà si bien mérité de l'art avec ses concerts populaires, d'avoir monté Rienzi. L'éclatant succès obtenu à la première représentation et qui se continuera, sans nul doute, permet d'espérer que nous verrons bientôt le Vaisseau-Fantôme, Tannhäuser, Lohengrin, Tristan et Yseult, les Maîtres Chanteurs et tout ce répertoire inconnu, riche écrin de beautés nouvelles.

Rienzi est monté avec beaucoup de richesse; les décors et les costumes ont du caractère; les masses chorales manœuvrent bien et le tout forme un spectacle superbe. Le tableau final où Rienzi est tué à son balcon, est mis en scène de la façon la plus dramatique.

Montjauze, dans le personnage de Rienzi, a dépassé tout ce qu'on pouvait attendre de son talent; il s'est transfiguré en chanteur et en acteur de premier ordre. Ce rôle a été pour lui ce que Guillaume Tell a été pour Duprez. Il tient tête avec une aisance admirable à ce perpétuel dialogue avec le chœur. Sa voix domine ces ensembles formidables et d'un geste il retient ce flot de peuple, qui monte toujours vers lui délirant de joie et de fureur; il porte avec une grâce majestueuse et un faste d'artiste les magnifiques draperies blanches, brodées d'or, que revêt le tribun, dans sa vanité de parvenu à qui la tête tourne au sommet de la grandeur. On ne saurait rêver une plus parfaite incarnation du type de Rienzi.

Mme Borghèse chante avec chaleur les airs un peu plaqués d'Adriano, l'amoureux de la sœur du tribun, représenté par Mlle Steinberg avec beaucoup de grâce. Mais ce pauvre petit amour épisodique est ballotté en tous sens comme une fleur noyée par le bouillonnement tumultueux et plein d'écume de ce grand drame sévère, qui commence par un combat et finit par une émeute.

Les chœurs ont été excellents, et l'orchestre a enlevé avec une verve superbe cette ouverture de Rienzi, déjà populaire avant que l'opéra lui-même fût connu.