Riant de toutes ses quenottes neuves, la plus petite fille criait de joie, en s'efforçant de suivre l'allure des plus grandes. Les petits pieds tapaient avec entrain, à contre-temps du rythme, que, cependant, le pianiste marquait avec force, en riant et en criant autant que les danseuses.

Je n'entrai que lorsque l'on fut las.

—Vous avez vu? s'écria Senta en courant à moi; c'est le Quadrille des tailleurs: papa l'a composé pour nous!

Le Quadrille des tailleurs! musique de Richard Wagner!...

S'en souvient-on encore, de cette musique? l'a-t-on gardée, au moins? est-elle écrite? Pour moi, je crois l'entendre, quand je me remémore cette scène, que je revois, dans tousses détails, toujours aussi vivante, aussi exquise!...


[XVI]

L'ami Villiers avait dans le caractère bien des singularités, auxquelles nous ne prenions pas garde, y étant très habitués, mais dont les manifestations ne manquaient pas de causer de profondes surprises aux personnes non prévenues. Il éprouvait, en certains cas, une peur nerveuse, contre laquelle il n'essayait même pas de réagir.

Par exemple: causant, un jour, avec quelqu'un, au coin d'une rue, il avait reçu dans l'œil une imperceptible éclaboussure de salive. Subitement épouvanté, Villiers plantait là son interlocuteur stupéfait et, à toutes jambes, gagnait l'officine du plus proche pharmacien.

Déjà cette imagination fougueuse avait prévu toutes les possibilités de catastrophes: par cette goutte venimeuse lui étaient inoculées les maladies les plus funestes; il se voyait condamné, perdu. Pour le calmer un peu, le pharmacien, assez ahuri, avait dû lui baigner l'œil dans toutes sortes de collyres, prétendus souverains.