Wagner parlait d'une voix grave et émue, mais son rire sonna clair quand il ajouta:

—C'est pour cela que vous serez mal couchés, ce soir, et que vous aurez un souper médiocre. Vous ne me permettriez pas de vous mener à une autre auberge que celle d'où j'ai emporté un tel souvenir.


[XX]

L'auberge était très ordinaire, en effet, mais admirablement située, au pied des montagnes, tout au bord d'un autre lac, dont le couchant faisait une cuve d'or.

Quand on eut pris possession des chambres et commandé le souper. Wagner proposa une promenade en barque, et d'aller jusqu'à une source jaillissant du rocher et qui avait toutes sortes de vertus, entre autres, celle de donner l'oubli à celui qui buvait de son eau.

L'aubergiste lui-même gréa pour nous son bateau et s'offrit à nous conduire. D'un coup de gaffe, il le lança sur cette nappe lumineuse qu'il déchira et tacha d'ombres bleues.

Wagner commença à chanter, puisqu'on était au pays de Guillaume Tell:

Accours dans ma nacelle,
Timide jouvencelle...

Mais nous ripostâmes par des thèmes du Vaisseau Fantôme, puis de Lohengrin. Le Maître se mit de la partie et attaqua le chant du Mousse de Tristan. Tous les motifs du premier et du troisième acte, ayant trait au navire, furent passés en revue. L'Or du Rhin eut son tour, et enfin Wagner s'écria: