On ne pouvait guère compter non plus sur le conseiller à la cour: Lorenz von Düfflipp, intermédiaire entre le palais et le théâtre, qui, malgré son obséquiosité flatteuse envers le Maître, était secrètement du parti adverse et l'allié de l'intendant.
Stériles représailles, nous l'appelions: «Tartufflip», et son titre de Hofrath se changeait pour nous en «Chausse-trappe».
Ce conseiller, secrétaire du roi, remplaçait Pfistermeister, le messager qui avait apporté la bonne nouvelle à Wagner, de la part de Louis II, et qui pourtant fut, lui aussi, un de ses adversaires les plus acharnés.
«Tartufflipp», avec une figure avenante, était mal bâti, carré, bossu même, et le bruit courait que sa bosse s'était augmentée du projet de théâtre wagnérien, qu'il y avait caché, après l'avoir escamoté.
Que va-t-il résulter maintenant de ces menées sournoises? Déjà l'on m'a écrit de Tribschen que les costumes, d'après les maquettes envoyées au Maître, étaient affreux et qu'il faut les refaire. On avait imaginé de dresser des échafaudages d'or sur la tête des Dieux, sans prendre garde que dans cette œuvre, où l'or est pour ainsi dire révélé, il doit apparaître seulement après qu'Albernich l'a dérobé et forgé. Tiendra-t-on compte des observations de l'auteur?... En ce qui concerne la mise en scène, tout n'est-il pas à redouter, ceux-là seuls dont elle dépend étant malveillants et incapables?
Décidément, le souci de Richter s'explique, et il nous gagne.
[XLVI]
Le temps est venu: l'avant-derrière répétition de l'Or du Rhin va commencer.
Comme le théâtre vide et presque obscur est mystérieux et imposant! Il paraît immense, avec des aspects de cathédrale; la scène baigne tout entière dans une brume bleue, formée, sans doute, de quelque reflet du jour extérieur, car il est trois heures de l'après-midi.