Une sœur, d'un air très grave, vint m'avertir, pendant la classe qu'on me demandait au parloir.

Etonnée de cette visite, à une heure qui n'était pas réglementaire, je partis en courant vers le tour, et quand je l'eus franchi, je m'élançai dans la cellule où on m'attendait; mais je m'arrêtai, tout interdite, devant une personne que je ne connaissais pas. C'était une femme vêtue de noir et coiffée d'un bonnet noir.

—Mademoiselle, me dit-elle, je viens de Montrouge: ce sont mesdemoiselles vos tantes qui m'envoient: une triste nouvelle. Je suis chargée de vous apprendre que monsieur votre grand-père est mort.

—Mon grand-père, mort!...

Ma première pensée fut celle-ci: «Il ne grondera plus», mais je ne pouvais pas me l'imaginer mort, je le voyais au contraire, bien vivant, et plus réellement qu'à l'ordinaire. J'entendais sa voix, sa tousserie, le choc de sa canne sur le plancher, quand il s'impatientait de n'être pas assez vite obéi.

—Ces pauvres demoiselles sont bien affligées, reprit la messagère, que dois-je leur dire de votre part?

—Dites-leur qu'il ne faut pas avoir de chagrin....

Je n'en avais pas assez, moi, et je me rendais compte que c'était très mal. Mais comment faire?...

La sœur Sainte-Madeleine vint m'offrir ses consolations. Elle m'enleva le ruban vert de ma classe, qui seul rompait le deuil du costume, et elle me conduisit à la chapelle, pour me faire faire une prière.

Le soir, au dortoir, je confiais à Catherine, très apitoyée, que j'avais eu plus de chagrin quand ma chèvre blanche était morte, et que la mère Sainte-Trinité m'avait causé plus de regrets, en trépassant.