Quand je revins dans le jardin, les chiffres romains étant pour moi indéchiffrables, j'annonçais une heure impossible et l'on m'accusa, pour être restée aussi longtemps, d'avoir fouillé dans le placard et chippé des confitures.


XXII

Grand-père était très fier de son fils, célèbre depuis longtemps déjà, et il s'efforçait de me faire partager ce juste orgueil.

—Moi, je suis son père, toi, tu es sa fille! disait-il, il faut tâcher de lui faire honneur. Ça ne sera pas en gaminant sur les routes.... Que diable! tâche d'apprendre à écrire, au moins, pour pouvoir tracer son nom.

—Mais, où était-il, ce père?...

«Il voyageait. Il écrivait des livres. Il avait bien le temps de s'occuper d'une schabraque comme moi!...»

Ce fut dans une maison, où il vint pendant quelque temps dîner assez régulièrement, que je vis alors, quelquefois, mon père. Un monsieur B..., dont la Tatitata était la femme, ou la parente, car elle demeurait avec lui, donnait un dîner intime, chaque mois, je crois, en l'honneur de Théophile Gautier, et l'on m'amenait de Montrouge, pour le voir et qu'il me vît.

C'était toujours une des tantes; grand-père, qui souffrait d'un catarrhe, ne sortait pas le soir. Nous venions de bonne heure. La tante profitait de cette occasion pour faire des courses et des emplettes dans Paris et me laissait à la Tatitata, avec qui je passais la journée.

C'était dans le quartier de l'Odéon, rue de Condé, à ce qu'il me semble, ou rue de Tournon, une vieille maison à escalier de pierre et rampe ouvragée, le tout un peu gauchi et déjeté. Au premier étage il y avait deux portes, une en face, l'autre à droite. Celle en face, presque toujours ouverte, était celle de la cuisine, l'autre celle de l'appartement.