—Les menteuses, me disais-je, elles ne me voient pas du tout, c'est moi qui les vois.

Après plusieurs tours inutiles, elles s'imaginèrent sans doute que je m'étais peut-être glissée, sans être vue, derrière elles, quand elles étaient sorties, car elles abandonnèrent le jardin.

Le ciel était couvert, la nuit venait rapidement. Une cloche se mit à sonner très fort et longtemps. Puis j'entendis, du côté de la cour, un piétinement et un bourdonnement de voix inexplicables, alors, pour moi; c'étaient les élèves qui traversaient la cour pour aller au réfectoire.

Ce lieu inconnu devenait de plus en plus triste, dans cet assombrissement; j'avais le cœur gros et j'aurais bien pu pleurer, puisque personne ne me voyait; mais je ne voulais pas. S'il m'arrivait de pleurer trop fort, on m'entendrait et on me découvrirait.

Des sœurs revinrent, plus nombreuses, très effarées, cette fois. Il y en avait en voile blanc, qui couraient partout, puis elles s'en allèrent encore, et le temps passa. J'entendis de nouveau la cloche; et bientôt un grand silence s'établit.

Il faisait complètement noir et une pluie fine se mit à tomber, qui mouillait tout doucement, sans faire de bruit, les feuilles m'abritaient un peu, mais elles s'égouttaient dans mon cou, et j'étais tout engourdie d'immobilité.

Je tenais bon, cependant, et j'étais si désolée, que je ne pensais pas à avoir peur, malgré les froissements de vent dans les branches, les grondements sourds de la ville, et l'obscurité dans cet inconnu.

Tout à coup, un animal lancé au galop, jurant et criant, passa à côté de moi, presque sur moi: des chats, sans doute, qui se poursuivaient; mais je crus que c'était le loup, le loup, que j'avais oublié!... en quelques bonds, j'eus dégringolé le treillage, toute tremblante de peur.

Des lanternes apparurent au bout de l'allée. C'étaient deux religieuses qui revenaient encore, abritées sous des parapluies.

Cette fois, je me laissai prendre, piteusement. Sœur Sainte-Madeleine me garda auprès d'elle, toute la nuit, me réchauffa et essaya de me faire manger; je pus avaler seulement un peu de vin sucré, auquel elle avait mêlé quelque calmant, et je dus m'endormir, car je ne me souviens plus.