Il fallut bien dire: merci. Si c'était cela le couvent, ça n'était pas si terrible.

Sœur Sainte-Madeleine me promena toute la matinée à travers le couvent, au dortoir, à la lingerie, à la cuisine, à la chapelle, me distrayant de force, par la vue de tant de choses nouvelles; elle me fit monter à l'orgue et rester à côté d'elle, tandis qu'elle accompagnait des voix, qui chantaient en bas, dans le chœur.

Quand la cloche du déjeuner tinta, elle me conduisit au réfectoire, où à de vilaines tables longues, couvertes de toiles cirées noires, une cinquantaine de fillettes, d'âges divers, mangeaient en silence. On me mit à une table à part, mais je ne goûtais qu'avec répugnance à ces mets fadasses et communs, et je ne voulus pas boire dans la timbale, où l'abondance, pourtant claire, me paraissait se changer en encre.

C'est sur la récréation que l'on comptait le plus pour m'apprivoiser. Je fus laissée dans la cour, au milieu de toutes les élèves lâchées, qui sautaient et couraient, en poussant des cris aigus.

Je me dirigeai, sans avoir l'air d'y penser, vers le jardin des religieuses. La porte était fermée à' clé et, à travers la grille, je vis des sœurs qui se promenaient en lisant des prières.

Ce n'était pas le moment d'essayer de se sauver.

Des fillettes me suivaient, m'examinant avec des mines curieuses. Quelques-unes m'invitèrent à des jeux, mais je faisais: «non» de la tête sans répondre. J'étudiais la disposition du lieu, cherchant l'issue, avec l'acharnement des bêtes captives. Un des coins de la cour s'ouvrait sur une sorte de préau, planté de quelques grands arbres et qui appartenait aussi aux élèves. Les grandes s'y promenaient posément, par groupes de trois, en causant à demi-voix; le terrain, battu par des piétinements, était complètement nu; quelques brins d'herbes, se montraient seulement aux pieds des arbres, et des orties assez épaisses bordaient la muraille noire, plus haute que partout ailleurs, et qu'aucun treillage ni espalier ne rendaient accessible aux escalades. D'un côté s'étendait la chapelle, que faisaient reconnaître trois fenêtres en ogives, fermées de vitraux. Rien à espérer de cette impasse: mieux valait fureter encore, peut-être, du côté de la rue.

Je revins dans la cour. La sœur tourière me cherchait partout: on me demandait au parloir. Qui donc?... Peut-être venait-on pour m'emmener!...

Je repassai le tour; on me guida par le couloir, et on me fit entrer dans une cellule plus petite encore que celle de la veille. Mais dès le seuil, je poussai un cri de joie: c'était ma nourrice! C'était la Chérie, avec son auréole tuyautée, son petit châle vert à palmes!

Après tant de lourdes heures, au milieu d'inconnues, c'était bon de la voir, elle. J'étais dans ses bras, assise sur ses genoux, roulant ma tête sur son épaule.