Le sol du couvent même, ne pouvant pas se prêter à cet acte peu décent, on me faisait passer par le tour, puis descendre dans une cave, où on avait posé un baquet plein d'eau chaude, et, personne ne voulant être complice, on me laissait là toute seule, après m'avoir bien recommandé de ne pas ôter ma chemise et de la baigner avec moi.
J'avais toujours, et par dessus tout, l'horreur des caves, et la demi-heure, interminable, que je devais passer dans ce baquet, où l'eau se refroidissait, était pleine d'angoisse et de dégoût.
Il ne faisait pas très noir, et je voyais les grosses araignées, courir dans les angles, drapés de toiles poussiéreuses.
Une seule chose m'intéressait et me faisait prendre ma peine en patience: le soupirail, férocement grillé, donnait sur la rue, j'apercevais un peu des pavés, un peu de l'air libre et, par moment, des pieds de passant qui couraient, au ras du grillage.
XXXIX
Quand je fus bien persuadée que je ne parviendrais pas à m'échapper de ce couvent, je me décidai à me laisser mourir de faim. Mais, hélas! cette résolution extrême ne tenait guère plus d'une demi-journée.
Pourtant, je voulais en finir, plutôt dans l'idée de me venger de ceux qui m'avaient enfermée: «pour leur apprendre,» que pour mourir tout à fait.
Mais le moyen n'était pas facile à trouver et je roulai longtemps ce sinistre projet sans parvenir à le réaliser.
Un jour, pourtant, je reconnus, parmi les mauvaises herbes, le long des murailles du préau, près de la chapelle, une plante, dont mon grand-père m'avait appris à me défier, comme d'un poison violent, et qu'il arrachait toujours, quand il la rencontrait dans le jardin de Montrouge. C'était, je crois, de l'euphorbe: une petite herbe, qui n'a l'air de rien, mais qui saigne une goutte de lait, quand on casse la tige, un lait terrible!... Je n'hésitai pas à sucer de ce lait, autant que j'en pus trouver. Le résultat fut très rapide: j'eus une inflammation violente de la bouche et de la gorge, une brûlure si douloureuse, que je n'ai jamais pu revoir cette perfide goutte de lait, sans retrouver cette affreuse sensation.