Etait-ce le feu? On eût dit vraiment les hurlements d'un malheureux brûlé vif. Les mères, qui allaient aux renseignements, ne revenaient plus.
Catherine se serrait contre moi et nous tremblions de peur.
—On dirait qu'on tue quelqu'un! me dit-elle tout bas.
La supérieure elle-même parut, et s'avança vers nous, à grands pas. C'était une personne dure et sèche, peu sympathique. Elle nous refoulait, d'un geste autoritaire.
—Rentrez, rentrez, mesdemoiselles, dit-elle, rentrez toutes et mettez-vous en prières: la sœur Anaïs se meurt. Tâchez de ne pas entendre ses cris et ses imprécations; la malheureuse est folle; au moment de paraître devant Dieu, elle profère d'épouvantables blasphèmes et des malédictions monstrueuses. Elle est possédée du démon. Priez Dieu qu'il la délivre et lui fasse miséricorde!...
—La sœur Anaïs se meurt!...
Si jeune, tout à coup, sans maladie! J'étais persuadée, moi, qu'on l'égorgeait, et Catherine, qui le croyait aussi, me jetait des regards épouvantés.
C'était probablement un suicide, longuement médité, quelque poison corrosif, qui torturait horriblement.
Ces cris perçaient les murailles: tandis qu'agenouillées par terre, les coudes sur les bancs, nous essayions de suivre la prière que la mère Saint-Raphaël disait, en haussant la voix, le plus qu'elle pouvait, pour couvrir les cris; mais nous les entendions, aussi aigus, aussi déchirants....
Il n'y eut ni glas, ni office; le corps de la pauvre jeune fille fut emporté la nuit.