Il le frappa d'un coup de sabre faiblement et avec précaution, craignant de blesser le daim. L'ours devina un adversaire dangereux, lâcha sa proie et se remit sur ses jambes, tandis que le daim fuyait rapidement.

—Très-bien! dit Kang-Si. A présent, à nous deux.

Et, placé en face de l'ours, il faisait de grands gestes terribles. L'animal s'était assis sur son derrière et balançait sa tête, la gueule entr'ouverte. L'empereur se jeta sur lui et lui enfonça ses deux sabres dans la poitrine; l'ours, furieux de douleur, le saisit entre ses lourdes pattes et lui fit sentir ses griffes dans les épaules; puis, d'un mouvement brusque, attira son adversaire et le serra à l'étouffer contre ses poils souples. Kang-Si se vit inondé du sang de la bête, et ses narines augustes étaient offensées par une odeur violente et fauve. Alors, d'un effort irrésistible, il se dégagea et enfonça un sabre dans la gorge de l'ours, qui tomba sur le dos et ne remua plus.

—Mais, dit l'empereur haletant et souillé, pendant que je tuais l'ours le joli daim blanc s'est enfui.

Il se trompait. En promenant ses regards autour de lui, il le vit à mi-chemin de la colline, furtif, aux grands yeux ouverts.

—Ah! dit-il en s'élançant à sa poursuite, j'ai risqué ma précieuse vie pour sauver la tienne; je veux au moins te conquérir et t'amener avec moi.

Le daim parut d'abord voir venir l'empereur sans inquiétude; mais lorsqu'il le jugea un peu trop proche, sans doute, il bondit soudain en avant, puis, à peu de distance, il s'arrêta encore. Kang-Si continua à courir. Toujours le charmant animal feignait de vouloir se laisser prendre et s'enfuyait subitement; mais, tout à coup, sans que le sentier eût tourné, le daim blanc disparut.

—C'était décidément le Génie de la vallée! dit l'empereur en s'arrêtant.

Comme il achevait cette phrase, la petite bête blanche avança la tête hors d'une grotte naturelle ouverte sur le chemin.

—Ah! s'écria le Fils du Ciel, tu es rentré dans ta demeure, tu ne m'échapperas plus.