Enfin ils se trouvèrent hors de la salle. Ko-Li-Tsin essaya de se lever; il ressentait d'atroces douleurs; des sanglots lui montaient à la gorge; mais on avait omis de lui rompre les jambes: il se tint debout.

—Courage, cher malheureux! dit Yu-Tchin à voix basse. Atteignons vite l'extrémité de ce couloir: on ne te cherchera pas d'abord sous cette voûte, car on croit qu'elle n'a pas d'issue. La porte de la prison où elle conduisait a été murée il y a longtemps sur un homme condamné à mourir de faim.

Ko-Li-Tsin s'appuyait aux murailles et faisait des efforts surhumains pour ne pas défaillir. Ils étaient dans une obscurité profonde, parce que Yu-Tchin avait refermé la porte de la Salle de la Sincérité; elle avait même prudemment poussé un verrou.

—Mais comment sortirons-nous, s'il n'y a pas d'issue? demanda Ko-Li-Tsin à voix basse.

—Il y a une ouverture carrée qui donne sur un des lacs du palais, dit-elle; c'est par là que je suis entrée. Un petit bateau attend sous cette fenêtre.

—Comment ferai-je pour me cramponner aux murailles, avec les nerfs douloureux de mes mains mutilées?

—La fenêtre est basse, tu n'auras qu'à te laisser glisser. Je passerai d'abord, et puis je te soutiendrai; car je veux te sauver. Quand nous serons hors d'ici je te soignerai, et quand tu seras guéri nous nous marierons, et nous serons heureux loin des palais.

—Oui, oui, bonne créature.

Ils arrivèrent devant la fenêtre. C'était en effet une ouverture carrée, percée très-bas dans la muraille. Elle apparaissait clairement dans l'obscurité.

—Laisse-moi passer la première, dit Yu-Tchin. Je te tendrai les bras afin que tu tombes doucement dans le bateau.