—Femelle d'âne! cria le Pa-Tsong à celui qui avait lancé la flèche; ne tire pas sur celui-là; nous avons ordre de le prendre vivant. Le bourreau se chargera de lui. Mais enfonçons les portes et escaladons les murs.

Les Tigres de guerre se ruèrent sur la pagode; des coups de hache ébranlèrent les portes en bois de fer, et les parois du monument se couvrirent de corps agiles qui, s'accrochant aux saillies des colonnes, montaient rapidement.

Ko-Li-Tsin était anxieux.

—Nous n'avons plus rien à leur jeter, disait-il.

Il regarda autour de lui: il ne vit que les colossales statues dorées des Dieux, immobiles, de loin en loin, sur des piédestaux incrustés de turquoises.

Les portes craquaient lugubrement. On entendait la respiration haletante des soldats qui approchaient. Le poëte regarda les Dieux tranquilles: il semblait leur demander conseil. Tout à coup il s'élança vers l'un d'eux, et, oubliant ses blessures, le poussa violemment des mains et des genoux. Le Dieu s'inclina vers l'ennemi, lui montrant sa large face souriante, puis, bloc terrible détaché de son piédestal, s'abattit pesamment, et les corps qu'il rencontra furent aplatis sur les dalles de marbre.

—Ah! ah! cria Ko-Li-Tsin aux bonzes, le Ciel nous vient en aide! Suivez mon exemple. Vous n'avez plus de pierres? jetez des Dieux aux soldats de l'empereur.

Les bonzes s'arc-boutèrent aux socles des statues et bientôt de mainte partie de l'édifice descendit une masse énorme et brillante.

Les soldats restaient atterrés sous cette pluie formidable de Dieux d'or. Le plus profond silence régnait parmi eux. Aucun gémissement ne s'élevait, car ceux qui étaient atteints ne criaient plus.

Cependant, après quelques instants d'effroi, les Tigres de guerre reprirent courage, recommencèrent l'ascension, et bientôt des mains s'accrochèrent aux rebords de la terrasse. Les premières furent abattues à coup de haches; mais un soldat mit le pied sur la plate-forme. Un bonze, s'élançant vers lui, l'enlaça; ils luttèrent quelques minutes au bord de la terrasse; puis, s'entraînant mutuellement, roulèrent ensemble sur les piques aiguës des Tigres de guerre. D'autres soldats succédèrent au premier, et Ko-Li-Tsin, appuyé à la muraille, se disait: «Je suis à bout.» Ses blessures, aggravées par la fatigue, saignaient. Il sentait ses forces et sa vie s'en aller avec son sang; ses yeux troublés ne distinguaient plus les bonzes des guerriers impériaux. Alors une voix tremblante, la voix de Yu-Tchin, dit à son oreille: «Tes amis sont sauvés; ils courent dans la plaine.»