—Ne crains rien, dit-il à Yo-Men-Li, cet homme est moins qu'un chien, car il est muet.

L'eunuque prit les lanternes au bec de la cigogne et ouvrit dans le mur de laque une petite porte invisible.

—Allons, dit Yo-Men-Li.

—Appuie-toi sur moi, dit doucement le prince, je t'en supplie.

Elle posa sa main sur l'épaule du jeune homme. L'eunuque éleva les lanternes et passa devant. Ils s'engagèrent dans une longue galerie contournée, qui déboucha dans un vestibule où se hérissaient des lions et des monstres sculptés.

—Demain, disait le prince, je donnerai une grande fête. Je conduirai vers mon père la belle Yo-Men-Li, et mon père lui sourira.

—Revoir Kang-Si! pensait Yo-Men-Li en tremblant.

Ils arrivèrent sur les terrasses, dont la lune changeait l'albâtre en neige. Ils descendirent un grand escalier, sous la clarté douce de la nuit. Le prince tournait la tête pour voir Yo-Men-Li, et appuyait sa joue à la petite main posée sur son épaule. Après avoir franchi la porte du Ciel Serein, ils traversèrent de longues cours, suivirent de longues rues, et arrivèrent au rempart. L'eunuque réveilla les soldats, la grande porte fut ouverte, le pont fut abaissé.

—A la dixième heure, demain, dit le prince, tu viendras et tu m'aimeras, n'est-ce pas, Yo-Men-Li?

—Tu as mon serment, dit-elle.