Oui, oui, si ta vénérable tante, qui depuis trois ans est partie pour recueillir l'héritage de son époux, revenait subitement et te disait: «Petite scélérate, que fais-tu à une pareille heure sur la place publique?» Tu lui répondrais: «Écoute-moi, ma tante....»
SIAO-MAN
Mais, Fan-Sou, vois donc la fête que donne le printemps, vois la douce lumière que la lune répand sur l'or neuf des longues feuilles de saules, regarde les mille diamants qui scintillent sur le lac! Comment dormir par une semblable nuit? Ne respires-tu pas le tiède vent d'est qui effeuille les fleurs de pêchers et se parfume en frôlant nos vêtements de soie? Vois donc cette goutte de rosée, suspendue à la pointe dune herbe: elle a volé un rayon à la lune et se croit une petite étoile. Écoule la voix tendre et sonore du rossignol.
(La fenêtre de la pagode s'est ouverte, on entend le prélude d'une flûte.)
FAN-SOU, ironique.
Le rossignol?
PÉ-MIN-TCHON (il chante dans la coulisse.)
J'ai vu les plus beaux pays,
J'ai vu les dieux d'or et d'azur,
Les palais, les champs de riz,
La tour qui luit dans le ciel pur.
FAN-SOU
Ma chère maîtresse, si tu tiens absolument à jouir de cette nuit de printemps, éloignons-nous un peu d'ici; il n'est pas convenable que des femmes se promènent ainsi sous la fenêtre d'un jeune homme.