FAN-SOU, adoucie.
Tu pleures? (Elle s'approche d'elle.) Tu ne vois donc pas que je plaisante? Je voulais te faire peur, pour le punir de t'être ainsi cachée de moi. Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu aimais ce jeune homme? Si tu l'aimes, il faut l'épouser, voilà tout. S'il n'a pas vu ton visage, puisqu'il ne sait pas qui tu es, rien n'est perdu encore.
SIAO-MAN, recueillant ses larmes du bout de ses longs ongles.
L'épouser! Mais, ma chère Fan-Sou, comment pourrais-je me marier? Tu sais bien que je n'ai pas d'autre parent que ma tante, qui, depuis trois ans n'a pas donné de ses nouvelles et qui, peut-être, est morte. Qui donc pourrait faire, selon les rites, des propositions de mariage, à ce jeune homme? Qui pourra l'empêcher de quitter ce pays pour toujours?
FAN-SOU
En effet, je ne vois pas trop ce qui pourrait le retenir. La suivante Fan-Sou ne peut guère se présenter chez ce noble voyageur pour lui faire des propositions de mariage. Ah! l'absence de ta tante nous met dans un cruel embarras.
SIAO-MAN, abattue.
Tu vois bien, je dois renoncer à tout. Il ne me reste plus qu'à me retirer pour toujours dans une pagode.
FAN-SOU
A-Mi-To-Fo! attends un peu; ne te résigne pas si promptement, à moins que tu ne veuilles te retirer dans la pagode voisine.