Il fit emporter le kin et descendit pour se coucher. Mais la nuit ne lui apporta aucun repos, le sommeil ne lui ferma pas les yeux un seul instant et il attendit avec impatience la venue du jour. La clarté de la lune tamisée par les stores fit le tour de la cabine, puis disparut; le soleil monta de l'horizon, derrière les hautes collines.
Pé-Ya se leva, fit rapidement sa toilette, revêtit des habits simples et se coiffa d'un chapeau sans ornement. Il dit au jeune serviteur de se munir de vingt livres d'or et de le suivre en emportant le kin.
—Si mon frère a eu un deuil, pensa-t-il, je lui ferai ce cadeau de condoléance.
Pé-Ya se hâta de débarquer et de gravir le sentier Il marchait les regards fixés sur la Montagne de Ma-Hine.
Après avoir parcouru presque dix lis, il arriva au confluent de plusieurs chemins, et il s'arrêta indécis.
—Pourquoi monseigneur n'avance-t-il plus? demanda le jeune garçon.
—Ici les routes vont dans toutes les directions. Laquelle prendre pour atteindre le village que je cherche? J'attends qu'il passe quelqu'un qui pourra me renseigner.
Il s'assit sur une grande pierre à l'angle des routes, et le serviteur resta debout près de lui.
Bientôt un vieillard parut, venant du chemin de gauche. Il avait une longue barbe qui faisait penser à des fils de jade et de longs cheveux, qui semblaient des fils d'argent sous son chapeau en feuilles de bambou. Son costume était celui des paysans. De la main gauche il s'appuyait à une pique de jonc et portait de la droite un panier de bambou. Il s'avançait à petits pas.
Pé-Ya se leva, rajusta ses vêtements et alla au-devant du vieillard pour le saluer. Celui-ci posa lentement son panier à terre, et, élevant ses mains jointes, rendit le salut.