Et elle cravacha les chevaux, pour déchirer cet adieu qui commençait l'éternité.
—Tout n'est donc pas fini! dit la reine, qu'y a-t-il?
Des éclaireurs étaient là, revenus en hâte, haletants.
A quelques minutes de marche, une armée formidable s'avançait. Le général Ma-Vien, le plus illustre des chefs chinois, dont la fille avait épousé l'héritier du ciel, la conduisait. Toute cette horde, que l'on avait vaincue, n'était que l'avant-garde de l'armée véritable.
—Quelques centaines de soldats blessés et harassés, c'est tout ce qui nous reste, dit Tige-d'Or.
—Ah! je ne veux pas tomber entre les mains de l'ennemi! s'écria Fleur-Royale. Je dois mourir sur la terre d'Annam, reconquise par moi, reperdue aujourd'hui, hélas! C'est ce sol sacré qui doit boire mon sang. C'est dans l'air natal que doit s'exhaler mon souffle. Sauve-moi, Lée-Line, protège ma fuite: sois pareil aux dieux, barre la route à toute cette armée, qu'elle me laisse le temps d'atteindre la rivière du Cam-hé.
—Je le ferai, dit le prince: emmène tous ces soldats hésitants, qu'ils soient ton escorte. Seul je défendrai ce défilé, assez de temps pour que tu atteignes la rivière, et après, je le jure, j'irai te rejoindre. Tu m'as enseigné par l'exemple que la volonté peut tout.
—Adieu donc, dit Tige-d'Or, tu me retrouveras aussi.
—A bientôt, cria la reine, la récompense nous attend.
Et les chevaux s'enfuirent au galop, tandis que Fleur-Royale, retournée sur sa selle, vers Lée-Line, du doigt lui montrait le ciel....