—Prends garde, prends garde, dit A-Tei. Si tu tombais à l'eau, je ne pourrais pas te repêcher, et on te verrait beaucoup mieux que le volant. Que répondrais-je à ta vénérable mère, qui ne manquerait pas de me dire: «Où est la noble Princesse-Blanche, vilaine A-Tei? Qu'as-tu fait de Princesse-Blanche? Viens ici que je te fouette.» Ne te noie pas, maîtresse, je n'ai pas envie d'être fouettée.
—Tu ris, s'écria Princesse-Blanche; je ne veux pas que l'on rie tant que je verrai le volant sur le lac.
—C'est bien, méchante maîtresse, je vais me jeter à l'eau, le volant enfoncera.
—Tu me donnes une idée, dit Princesse-Blanche; lançons des pierres sur le volant.
—Les pierres tomberont au fond, mais le volant qui a des plumes bleues et vertes remontera sur l'eau pour nous taquiner.
—Tu crois, petite?
Derrière la palissade, Sang-Yong brûlait d'envie d'aller au secours des deux jeunes filles; il hésitait ne sachant de quelle façon, ni sous quel costume se présenter. Il pensa à remettre sa robe noire, mais il ne pût supporter l'idée de paraître si mal vêtu à de si belles personnes; il se décida donc à rester habillé de jaune, pensant bien que des femmes n'auraient pas l'œil perspicace des soldats de police, et pour attirer l'attention, il chanta sur un rhythme élégant:
«Deux belles jeunes filles sont bien embarrassées parce que leur volant est tombé au milieu d'un grand lac. Mais le mandarin Sang-Yong, qui se promène dans le petit bois de Cèdres, offre de faire cesser leur chagrin.»
Princesse-Blanche cacha vivement son visage derrière son éventail: A-Tei, moins timide, regarda Sang-Yong.
—Faut-il lui répondre? demanda-t-elle à sa maîtresse.