Entre de fines cloisons d'or qui dessinent le contour d'une fleur, d'un papillon, d'une mouche, les plumes resplendissantes sont si artistiquement enchâssées qu'elles ont pour l'œil l'aspect du métal; mais il n'y a pas d'émaux métalliques, aussi parfaits qu'ils soient, qui approchent de cet éclat, de cette fraîcheur, de ce charme étrange; la turquoise semble un mince terme de comparaison pour ces bleus célestes, inimitables; l'émeraude est froide à côté des miroitements sombres et clairs de ces plumes vertes, et il n'est pas de coraux qui atteignent à la finesse de ces rouges. La particularité la plus extraordinaire et la plus inattendue de ces bijoux chinois, qui éveillent l'idée d'une fantaisie frêle et passagère, c'est qu'ils sont d'une solidité extrême.


[L'IMPÉRATRICE ZIN-GOU]


C'est le soir; le palais impérial s'endort: les gardes veillent; tout est tranquille.

Invisible, cependant, un homme a franchi les murailles, se glisse par les cours et les jardins, et voilà que, brusquement, il pénètre chez l'Impératrice, endormie déjà.

Dans la chambre, parfumée comme un temple, les lampes brûlent, voilées de soie. L'homme s'avance sans hésiter; sous son pas le parquet craque et l'Impératrice s'éveille, en sursaut, mais sans un cri.

Elle regarde l'homme, le reconnaît. C'est le beau général Také-Outsi-No-Soukouné. Il est en habit de bataille, tout souillé de poussière et de sang mal essuyé.

D'un geste fébrile, elle arrache la moustiquaire de gaze, bondit près de lui, belle, grande, gracieuse dans ses pales et longs vêtements nocturnes.

—Toi ici! s'écrie-t-elle, loin du combat! Qui est-il arrivé? La défaite?