«Cent mille guerriers! Cent mille guerriers chinois! toute l'armée victorieuse a passé sur le corps du prince; elle s'éloigne par les pentes, par les vallées, disparaît.

«Alors le héros se relève. Il ramasse sa tête sanglante et la replace sur son cou sanglant.

«Et d'un pas rapide il marche, il marche vers la rivière de Cam-hé.

«De grosses gouttes de sang tombent sur sa route, sa tête sanglante pleure de grosses larmes rouges.

«Mais dès qu'une de ces gouttes touche la terre, un cheval ailé s'envole, l'emporte au ciel, laissant à la place où elle est tombée un bloc de pierre qui a la forme d'un cheval ailé!

«Le Prince à la Tête Sanglante a atteint la rivière de Cam-hé. Une foule d'hommes et de femmes pleurent agnouillés sur la route; ils contemplent deux mortes, couchées sur un radeau de fleurs qui lentement remonte le courant.

Ils pleurent: ils ont reconnu le roi de l'Annam et sa sœur héroïque. Ils s'efforcent d'attirer les corps sur le rivage, mais ils ne peuvent y réussir: la force de tant de bras est impuissante.

«Mais le Prince à la Tête Sanglante s'avance et, aussitôt, de lui-même, le radeau de fleurs s'approche, touche la rive.

«Alors le Prince se couche aux pieds des deux saintes et sa tête sanglante roule de ses épaules.

«A la place même où eut lieu le miracle, on éleva la Pagode des Deux Princesses, qui nous abrite encore aujourd'hui et où ma voix chante pour vous.