Un bruissement brutal du feuillage, tout proche, l'effare. Est-ce un buffle qui s'échappe?... Quelque bête de proie qui en veut à son troupeau?...

Un hennissement bref lui répond, et, aussitôt, roissé par les branches, un guerrier paraît, suivi d'un autre.

Les chevaux, mouillés de sueur, haletants, se précipitent dans le marais, hument l'eau avidement. Ils sont entrés jusqu'au poitrail, et des frissons courent sur leurs flancs.

Un des guerriers, sous les écailles du brassard, relève la manche de sa tunique de soie, découvrant une blessure qui saigne.

Malgré la lassitude qui les accable et la poussière qui ternit leurs armes, ces deux guerriers ont une grâce singulière, une imposante majesté. On dirait des adolescents, mais on ne peut savoir, le casque masquant à demi leur visage.

Le pasteur de buffles regarde, les yeux élargis, la lèvre agitée d'un tremblement. Sous la pluie de soleil qui tombe entre les feuilles, cet étincellement du harnais de guerre semble le fasciner, et surtout ce bras nu, si lisse, si pur, où le sang, enroulé en lanières pourpres, glisse jusqu'au bout des doigts minces qui le secouent. Il voudrait une coupe d'or pour le recueillir, ce sang, qu'il croit devoir être infiniment précieux.

Penché vers l'eau, le guerrier lave sa blessure, presse cruellement cette bouche douloureuse pour que le sang emporte le poison, si la flèche était vénéneuse; puis, son compagnon, d'un lambeau de ceinture, le panse.

Alors, pour un moment respirer mieux, ils ôtent leurs casques et découvrent de fiers visages; l'un d'eux, celui du blessé, d'une beauté extrême!

Le pasteur a laissé échapper un cri, dénoncé sa présence. On le regarde à présent, un autre cri répond au sien.

—Royale sœur, vois donc, le reconnais-tu, l'évadé, le fugitif, celui qu'on croit mort?