(Le jour éclaire la fenêtre; il s'arrête un instant.)

—Je n'ai plus froid du tout, j'ai même chaud. Les sages ont bien parlé. Encore un tour et je serai en nage.

—Ah! tu croyais me trouver gelé ce matin, sec et dur, comme ton cœur d'avare! Ah! tu voulais réduire à néant l'invention merveilleuse de la tunique! Tu l'endosseras, tu l'endosseras, vieux ladre! et tu verras comme elle chauffe et nourrit son homme.

(On entend des pas.)

Victoire! Victoire! le vaincu approche!

(Bambou-Noir repose la table, replace les chiens, se couche et feint de dormir.)

(Rouille-des-Bois met la clé dans la serrure, entr'ouvre la porte, et passe la tête.)

—Si le jeune seigneur a voulu me tromper, je dois être, à l'heure qu'il est, bien vengé.

(Bambou-Noir fait entendre un ronflement.)

—Il est vivant! s'écria l'avare en entrant tout à fait. Mais c'est qu'il dort là comme dans le lit le plus douillet... Est-ce possible! sa main est chaude! Son front est moite!... Il a dit vrai! Ah! ces bonzes d'Europe... quels sorciers! J'aurai en ma possession un trésor sans pareil! Plus un tsin à dépenser, plus un! Je garderai mon or, tout mon or! Je l'entasserai; personne ne l'aura! On ne peut douter, son front est mouillé de sueur! Voyons encore, je ne me trompe pas.

(Et il promène encore une fois sa main sur le front de Bambou-Noir.)