SIAO-MAN

SIAO-MAN (elle porte une lanterne allumée et sort avec précaution du pavillon de droite).

Hélas! c'est mal ce que je fais là! Sortir ainsi, la nuit, au lieu de dormir paisiblement, la joue sur l'oreiller de soie. Pourtant, la nuit est arrivée à mi-chemin dans le ciel, et tous les rêves commencés sont à la moitié de leur cours. Mais la nuit est longue et fiévreuse pour celle qu'une pensée tyrannique tient éveillée.

(Elle pose sa lanterne sur la dernière marche du perron et s'avance.)

Je tremble comme un voleur! Serais-je coupable vraiment d'être venue respirer la douceur de cette nuit de printemps?... Non, mais... suis-je bienvenue pour cela seulement?... Pourquoi donc, au lieu de réveiller ma suivante Fan-Sou pour la prier de m'accompagner dans cette promenade, me suis-je glissée silencieusement le long des rampes, en retenant les perles sonores qui bruissent à ma ceinture! Pourquoi, depuis plusieurs nuits, le sommeil s'éloigne-t-il de moi? Et pourquoi, pendant ces longues veilles, ai-je secrètement brodé sur un sachet odorant des sarcelles de soie qui voguent côte à côte sur un lac en fil d'argent?... Je n'ose m'avouer à moi-même que j'ai brodé ce sachet pour un jeune voyageur qui loge depuis quelque temps dans la pagode voisine et auquel, malgré moi, je pense sans cesse comme à un fiancé. Hélas! il va sans doute repartir bientôt, pour toujours, et il n'est aucun moyen de le retenir. Qui sait? S'il trouvait sur le seuil de sa porte ce sachet de soie violette, s'il voyait les oiseaux symboliques, s'il lisait les quatre vers que j'ai brodés sur l'étoffe, il penserait que quelqu'un s'intéresse à lui dans ce pays et, peut-être, il retarderait son départ de quelques jours.

(Elle remonte vers la pagode.)

Sa lampe jette une lueur pâle à travers le papier transparent des fenêtres. Il veille: l'amour de l'étude emplit son esprit et il dédaigne de dormir.


SCÈNE II

SIAO-MAN, FAN-SOU

FAN-SOU, dans la coulisse.