—Parce qu'il n'a rien de... de l'idéal, parbleu!
—Ça dépend. On ne sait pas, fit gravement le médecin.
—Eh bien! si M. Montgomery, qui est courtaud et pataud, est l'idéal de Mme Montgomery, qui, en effet, est admirablement belle, belle à sculpter, à chanter, à peindre, tant pis pour nous, qui n'avons plus qu'à nous désespérer.
—Ou à nous consoler avec Emilienne Delannoy, Fanny Richard ou Marianne d'Hozier. Les débits de consolation ne manquent pas. C'est comme les débits d'alcool, ça pullule.
—Et, demanda M. de Solis, cette belle Mme Montgomery, c'est?...
—Une admirable et capiteuse créature! répondit Bernière. Américaine, comme toutes les femmes qui fournissent des épithètes de parfumeurs aux chroniques. Et, depuis la saison, mettant Trouville en révolution... en ébullition, si vous voulez!... Il n'y a sur le turf de la beauté—vous voyez que je suis moderniste—de comparable à elle que la très belle miss Arabella Dickson! Ah! qui est incomparable, celle-là!».... A l'heure du bain de miss Arabella, on frète des barques à Deauville pour aller regarder ses bras et lorgner sa nuque. Les voitures font prime à ce moment psychologique-là! C'est très beau, d'ailleurs. Ça mérite d'être vu!
—Et cette Mlle Dickson? demanda encore Solis.
—La fille d'un colonel. Très bel homme. N'ayant pas l'air de badiner. Un Yankee. Un Mohican. Un type. Il paraît qu'il a joué du revolver, à la tête de quelques cow-boys, contre les Indiens.... Comme Buffalo-Bill.... Je l'ai rencontré, l'autre jour, devant les petits chevaux au Casino. On faisait cercle autour du trio Dickson, car il y a une mère. Très belle aussi. Ils sont tous très beaux, ces Dickson. D'ailleurs—et Bernière s'étalait avec une nonchalance affectée dans son tonneau d'osier—toute cette race américaine humilie effroyablement nos décadences. Nous avons l'air d'anémiés, comme dit le docteur, à côté de ces colosses en pierre de taille. Voyez M. Norton!
—Norton? fit M. de Solis.
Le nom, brusquement, lui faisait retourner la tête, et il interrogeait Bernière pour savoir de quel Norton son cousin pouvait bien parler.