Sylvia essaya de sourire.

—Bah! dit-elle. Vous n'en êtes pas, monsieur de Solis, à ignorer que l'existence est une suite plus ou moins longue de souffrances plus ou moins consolées.

Il releva le mot vivement.

—Consolées?... Voilà un mot qui est presque aussi douloureux pour moi que la méprise du petit Francis Ruaud!

—Douloureux! Pourquoi? demanda Sylvia.

—Parce que je ne suis pas, moi, de ceux qui savent se consoler!

M. de Solis avait mis un tel accent de sincérité douloureuse dans ses paroles, que l'honnête femme, mélancoliquement, lui répondit, avec une douceur voulue et comme implacable, pour lui donner à entendre que tout était fini, passé, enfui:

—Il faut pourtant prendre la vie comme elle est, mon cher marquis, ni souriante ni tragique, un peu terne, un peu grise; mais, tenez, comme la mer aujourd'hui, ayant cela de bon que chaque jour emporte un peu de notre destinée, comme chaque vague, là-bas, emporte quelque débris tombé sur la plage.

—Alors, dit Solis en baissant la voix, et un tremblement dans cette voix, tout ce qui a été... est loin, emporté, bien loin?

—Pourquoi me demandez-vous cela? fit Sylvia. Ce n'est pas bien à vous de chercher à savoir ce qui peut rester de vous dans ce cœur de femme.... Je ne vous ai jamais oublié.... Vous me connaissez assez pour savoir que je suis fidèle à une affection comme à un serment! Mais il faut, vous, oublier devant la femme de Richard Norton que vous avez pu rêver, autrefois, de lui donner votre nom? Le sort ne l'a pas voulu.... Mon père a conseillé, exigé ce mariage.... Il y voyait pour moi toutes les promesses de bonheur futur, un mari dévoué, courageux et bon, et vous avouerez, ajouta la jeune femme, que mon pauvre père pouvait plus mal choisir!