Et pourtant cette pensée lui venait, depuis quelques jours, le tenaillait comme un supplice. Il y songeait en allant vers la villa, après avoir chez lui reconduit sa mère, sa mère qu'il trompait en lui disant qu'il s'arrêtait un moment au Casino, lire les journaux, alors qu'il retournait vers l'adorée, vers le péril.

Sylvia était encore dans le grand salon quand M. de Solis se fit annoncer. Elle avait approché de la porte ouverte un rocking-chair, et, étendue là, elle regardait la mer, très verte, par-dessus des touffes poudreuses de tamaris.

Elle accueillit M. de Solis comme quelqu'un qu'on attend. Certaine qu'il reviendrait, elle était demeurée là; elle lui tendit la main et il resta, un moment, à la regarder, heureux de ce silence qui troublait un peu la jeune femme.

—Vous n'avez pas vu Éva? demanda-t-elle, pour parler.

—Non. Et pourquoi aurais-je vu miss Meredith?

—Une idée. Je ne sais pas.

—Ne trouvez-vous point qu'elle a depuis quelque temps, qu'elle avait, aujourd'hui surtout, l'air agressif... ou triste, je ne saurais dire au juste le mot?

—Je n'ai pas remarqué, dit Georges. Mais hier elle semblait si heureuse... elle riait d'un rire d'enfant.

—Hier? demanda Sylvia.

—Hier soir.