—Et alors, c'est vous, vous qui me conseillez....
Elle voulut, par un geste, effacer ce qu'elle venait de dire.
—Vous?... Dans une minute, vous allez me parler, à moi, d'épouser Éva, comme m'en a parlé Norton! Est-ce pour m'éprouver ou pour me torturer?
—Vous torturer? fit-elle, de sa voix triste.
—Est-ce une épreuve? Est-ce pour savoir si je vous aime toujours, et toujours aussi profondément, aussi follement?
—On peut aimer Éva. Est-ce que je sais? On oublie!...
—Qui oublie? s'écria Solis en regardant cette femme, qui? Les sages, les êtres raisonnables! Ceux qui ouvrent ou ferment leur cœur à volonté. Je ne suis pas de ceux-là! Et comment oublierais-je, quand je vous ai revue, quand j'ai, de nouveau, respiré la même atmosphère que vous, et quand, moi, malheureux, je vous ai retrouvée malheureuse, souffrant de la même souffrance qui me déchire et qui me tue?
Sylvia s'était levée, comme pour fuir un entretien qu'elle avait voulu, mais qu'elle trouvait douloureux, dangereux.
—Si je souffre, dit-elle fièrement, ne craignez rien, je suis assez forte pour supporter ma souffrance!
Le marquis haussa les épaules.