—Vous n'avez pas besoin de comprendre. Vous n'avez qu'à écouter et à vous taire. Et, encore une fois, pas d'étonnement. Je joue une partie sérieuse, et je la joue comme il me plaît. J'ai déjà gagné un gros enjeu d'un côté, je veux à présent en gagner un autre, ici! Ça, je voudrais voir mistress Norton!
—On va la prévenir de votre visite, dit Éva.
—Merci.
Miss Meredith sonna, faisant dire à Sylvia que la marquise de Solis demandait à parler à mistress Norton.
Et, pendant un moment, la marquise et Éva demeurèrent seules, n'osant prononcer un mot nouveau. Mme de Solis repassait dans sa tête tout un plan de campagne qu'elle avait combiné en chemin, et la jeune fille n'osait questionner, sentant son cœur battre, toute torturée.
Sylvia entra, fort émue à cette idée qu'elle se trouvait en face de la mère de Georges, et Mme de Solis fut frappée de la pâleur de la jeune femme.
—Je vous demande pardon de forcer votre porte, madame... mais j'ai les choses les plus importantes... les plus... palpitantes à vous communiquer!
—Donnez-vous la peine de prendre ce fauteuil! dit Sylvia en avançant un siège, pendant qu'Éva répétait mentalement les paroles de la marquise: «Mes paroles n'auront qu'un but, le bonheur de votre oncle, celui de Sylvia...»
Mistress Norton, elle aussi, songeait. Elle songeait à ces paroles fiévreuses et folles que Georges lui avait dites, lorsqu'il la suppliait de fuir—de fuir avec lui!