Instinctivement, Georges de Solis ferma les yeux rapidement; ce nom de Sylvia entendu là, prononcé tout haut, pour la première fois depuis des années, lui causait une impression singulière. Il le saluait de la paupière comme un soldat salue de la tête la première balle.

Norton, lui, continuait ses confidences, parlant de Sylvia avec l'effusion débordante de l'homme qui aime—puis il s'interrompit, disant avec une émotion profonde:

—Voyez ce que c'est que l'amitié! Il n'y a pas cinq minutes que vous êtes là, mon cher Solis, et je vous dis, à vous, tout naturellement, ce que je ne dirais à personne, ce que je ne m'avoue que vaguement à moi-même.... Ne parlons plus de cela! Parlons de vous!...

Ils étaient assis en face l'un de l'autre, devant le window, à deux pas d'une table où, sous des presse-papiers, des dépêches, des lettres, des brochures s'entassaient, méthodiquement classées, annotées, réunies par des épingles.

—Un cigare?... dit Norton.

—Merci, vous savez bien que je ne fume pas!

—C'est juste. Eh bien, depuis si longtemps, qu'êtes-vous devenu, cher ami?

Solis hocha la tête:

—Ce que je suis devenu! Rien! J'ai voyagé pour me désennuyer, allant en Annam comme j'étais allé aux Etats-Unis, comme j'aurais flâné sur le boulevard.

—Avec plus de profit pour la science pourtant! J'ai lu dans la Revue un travail, sur la colonisation de l'Extrême-Orient, qui me paraît assez pratique!