—Très bien, si vous voulez!
—Un vrai gentilhomme!
—Oui, et un gentleman.
—Eh bien, dit Norton en riant, tu vois ce charmant garçon, aimable, distingué, brave et spirituel; il s'est promis une chose, c'est de n'épouser jamais, jamais, une Américaine!
Miss Meredith avait remis sa montre dans sa pochette. Elle regarda son oncle bien en face un moment, puis, d'un rire clair et franc, avec une fusée de jeunesse:
—Vrai? dit-elle. Il s'est promis ça!... Eh bien, il est bête alors!
[III]
Le dîner était depuis longtemps fini, et miss Éva servait le thé chez Norton. Elle tendait, de ses petites mains fines, des tasses de Sèvres aux invités de son oncle, tandis que miss Arabella Dickson, au piano, très entourée par M. de Bernière, le docteur Fargeas et un gros homme, déjà grisonnant, qui riait très fort, flirtait à la fois avec la musique et avec les musiciens. Norton fumait un cigare, en regardant la mer, tout en causant avec un immense personnage, haut comme un peuplier: le colonel Dickson, le père très glorieux de la belle miss Arabella. Il était si haut, ce colonel, avec sa tête pointue à barbe longue, rousse, striée de poils gris, et sortant d'un énorme col blanc, serré comme un col d'uniforme; il était si long, si élancé, qu'en apercevant, au bout de son corps, la fumée de son londrès, on eût pu, dans l'ombre, le prendre pour une haute cheminée d'usine en combustion.
Sa femme, la colonelle Dickson, énorme et grasse, évasée sur un canapé, teintait de cognac le thé blond que lui avait apporté miss Meredith, et contemplait, de ses gros yeux bleus, rêveurs, le groupe formé, là-bas, sous l'immense abat-jour de la lampe, par son Arabella entourée d'habits noirs, parmi lesquels ce jeune Bernière, qui, disait-on, était un bon parti.