La belle Liliane avait eu dans les yeux l'éclair rapide d'une colère passée. Puis, haussant les épaules:
—Pourquoi?... Pour une raison bien simple, il me trompait!... Un peintre!... Des modèles! Il prétendait qu'il ne pouvait me faire poser éternellement devant lui. Moi! Cela aurait donné une ennuyeuse uniformité à sa peinture! Toutes ses figures de femmes se ressemblaient. Les clients se plaignaient. C'était malsain pour son talent.... Il fallait changer. «La nécessité... l'amour de l'art....» Je n'ai pas compris.... Jalousie.... Scènes.... Appel à la loi.... Un an de procès.... Plaidoiries!... Et le tout terminé, adieu Mme Harrisson! Et vive Mme Montgomery!... Mme Montgomery... de là-bas! ajoutait Liliane avec un soupir qui faisait sourire Mme Norton.
—Plaignez-vous donc! disait alors Sylvia, M. Montgomery est très aimable....
—L'ami le plus dévoué... le cœur le plus loyal!... répétait Mme Montgomery imitant le ton de Mme Norton.
Et comme Sylvia en parut tout à coup un peu attristée:
—Je vous demande pardon, fit Liliane, ce que je vous dis là est méchant. D'autant plus que mes ennuis à moi ne tirent pas à conséquence.... Une peu folle, votre amie Liliane, vous savez.... Tandis que vous, si vous êtes mélancolique, c'est que vous souffrez.... Non?... Je me trompe?... Voyons, disait-elle, en prenant les mains de son amie avec une tendresse vraie, un de ces mouvements de confiance absolue qu'ont les femmes.... Un peu, beaucoup, passionnément?
—Pas du tout.
Mme de Montgomery hochait la tête:
—Voyez, Sylvia, comme je suis peu physionomiste!... Vous rappelez-vous qu'il y a cinq ans... chez votre père... à New-York.... J'étais alors Mme Harrisson—ah! le misérable, cet Harrisson—un jeune homme venait souvent, souvent.... Un Français que nous trouvions tout à fait... comment dirai-je? tout à fait convenable!
—M. de Solis!