—Je l'ai tué, dit-elle doucement.
Ils étaient ivres, ils étaient fous, ils riaient, ils criaient, ils se galvanisaient, ils se tordaient, et s'hystérisaient.
Mais quand elle eut dit ces mots, instinctivement ils se regardèrent, devenus glacés dans leur ivresse.
—Je l'ai tué!... continuait Félicie au milieu de ce silence. Si petit! Je l'ai étouffé... De cette main-là... Ensuite, je l'ai mis dans la caisse à fleurs sur notre fenêtre—dans la terre... J'arrosais tous les matins. Il n'y avait pas besoin d'arroser, allez! Ça poussait! ça poussait! Du fumier, quoi! J'ai toujours gardé un bouquet de ces fleurs-là... Il est fané le pauvre bouquet, dit-elle en pleurant dans le verre qu'elle tenait, mais vrai,—il sent encore bon!
Le silence était devenu glacé, sinistre, sépulcral. On s'examinait, chacun se demandant qui le premier allait partir.
—Eh! bien, s'écria Terral en se levant brusquement, en voilà une partie de plaisir! On se tait... Jetons-la par la fenêtre, Félicie, avec ses histoires de revenants!... Le diable l'emporte, elle est lugubre!... Olivier Renaud, mon cher, un article à faire celui-là!
—Ça a jeté un froid! dit Renaud.
—Du vin! s'écria Antonia. Versez à boire!
—Et oublions Félicie Hamlet!
—Félicie Young! dit Olivier Renaud.