—Ce n'est rien. Seulement, s'il revient souvent, ce sera à en perdre la tête!

—Pourquoi reviendrait-il?

—Il en a le droit.

—Eh bien! et le commissaire?

—Oh! Herbaut est chez lui, ici. Nous sommes séparés de bonne volonté, mais la loi n'a rien dit. Il peut venir à toute heure; je suis sa chose... Se séparer? Il faut plaider pour ça, il faut être riche!.., mais il ne reviendra pas, il faut l'espérer. C'est quelque femme qui lui aura monté la tête. Comme on en fait des mauvais coups pour de l'argent!

—Dites-le à Joseph, alors!

—Non! oh! non, fit Victoire. Ils se battraient!

Ils se battraient! Ce mot resta sur le cœur de Suzanne. Une fois seule dans sa chambre, elle se prit à réfléchir. Comment! c'était là le mariage! cette chaîne, cet esclavage, c'était ce qu'elle avait eu l'idée de partager avec Joseph? Elle frémit à l'idée seule qu'elle pût être liée pour la vie comme l'était madame Herbaut. Elle s'étonnait aussi qu'on pût se résigner comme le faisait Victoire.

—Ah! disait-elle tout haut, ce n'est pas moi qu'on mènerait ainsi.

Puis, en songeant, elle se sentait mal à l'aise. Elle éprouvait un sentiment de crainte. Cet homme pouvait revenir. Il était chez lui, avait dit Victoire. S'il s'avisait de frapper encore? Elle était donc exposée à ses coups, elle aussi?