—La petite a du bon, songeait-elle.

Puis elle prit le journal, regardant à la colonne de la bourse, les valeurs qu'il fallait acheter.

Terral, pendant ce temps, courait dans Paris à la recherche d'un certain Duréchaud, agent de change, qu'on n'avait pas vu depuis la veille. On disait,—mais les bruits de Paris ont si peu de consistance,—qu'un grand bal avait été donné la nuit précédente à la maison Duréchaud, et que l'agent avait profité de la fête pour faire atteler une chaise de poste et gagner quelque ville de province d'où sans doute il serait monté en wagon pour la Belgique. Huit jours auparavant, Terral avait remis à M. Duréchaud trente-deux mille francs, pour une opération qu'il tentait. L'affaire avait réussi. A la liquidation, Terral devait toucher quelque chose comme deux cent soixante mille francs. Il se présenta à la caisse au jour dit. La caisse était fermée. Il s'informa, on lui répondit par l'histoire du bal. Il courut et fouilla Paris. Partout la même réponse et le bruit s'accréditant, grossissait.

Le soir, l'on dit était une vérité.

Or, Terral avait joué la veille et perdu quinze mille francs. Une dette de jeu (ironie du préjugé!) est chose sacrée. Comment payer? Il avait jusqu'au lendemain midi. Mais, en dehors de l'argent risqué chez Duréchaud, Terral ne possédait rien. Pas une ressource. Duréchaud demeurant à Paris, Fernand continuait ses entreprises audacieuses. Cette dernière venait de réussir—prodigieusement—comme avaient réussi toutes les autres. Et voilà que sur son chemin cet intrépide rencontrait un coquin!

—Misère! se dit Terral, je n'avais jamais calculé la partie qu'en la jouant avec des honnêtes gens.

—Qu'est-ce que cela prouve? ajouta-t-il. Que je suis un niais, comme les autres. Un sot. Ce Duréchaud a bien fait.

—Je ne lui conseillerais pourtant pas, conclut-il avec une menace dans la pensée, de se retrouver sur mon passage!

Cependant, il fallait se procurer les quinze mille francs dus à Barberino. Le temps s'écoulait, le soir venait, demain arrivait. Terral s'adressa à tout le monde en souriant, demandant quinze mille francs comme il eût demandé cinq louis, avec un accent délibéré, comme s'il eût dû les renvoyer dix minutes après par son laquais, lui qui n'avait pas cinquante francs en poche! On lui refusa partout avec le même sourire, la même politesse, la même phrase. Le comte Broski, ses amis, ses connaissances de cercle, tous. Terral sentait fuir les heures, et avec quelle rapidité! Il avait des sueurs froides à cette idée que demain tout Paris, ce tout Paris qui le connaissait, dirait: «Vous savez bien, Terral? Fernand Terral, celui qui a tué M. de Bruand? Il n'a pas pu payer une dette de jeu,—15,000 livres, un rien!—au petit Barberino!»

—Un homme à la mer!