Le samedi, devant ce public des répétitions générales qui est, à peu de chose près, le public des premières représentations, auteurs, acteurs, journalistes, directeurs, amis des amis, mères d'actrices, coiffeurs et couturières, la toile se leva sur le premier acte de la féerie—une tentative de littérature fantaisiste qui ne devait pas réussir au Vaudeville. Les décors étaient posés, la scène remplie par les artistes. Quelques-uns n'avaient pas leur costume encore, et répétaient en habit de ville. On voyait le Génie des Eaux en paletot brun causer avec la nymphe des Fontaines vêtue de gaze. Les quatre ou cinq auteurs de la pièce, logés dans une avant-scène, faisaient leurs observations. Le directeur, à côté d'eux, se levait parfois furibond, jetait un conseil menaçant à un acteur, et tempêtait contre les machinistes. Messieurs de la censure écoutaient. A l'orchestre, les amis des auteurs commettaient des mots trempés de vinaigre. Vint l'entrée de mademoiselle Cachemire.
—«Que vois-je? dit alors Le Génie des Eaux, j'aperçois ma fidèle alliée, la Pluie!»
Le chef d'orchestre leva son archet et les musiciens jouèrent les premières mesures du rondeau de la Pluie.
Mais la Pluie manqua son entrée.
Les acteurs se regardaient entre eux, regardaient la coulisse, interrogeaient l'avant-scène des auteurs.
—Eh bien! et mademoiselle Cachemire? disait le directeur...
—Mademoiselle Cachemire! criait le régisseur.
—La pluie est absente, murmurait Olivier Renaud à l'orchestre. Qu'on aille chercher saint Médard, il la fera venir.
A quoi répondait Paul Duchemin:
—La pièce a de la sécheresse.