—Après tout, quoi, il est encore temps. Je monte. Je sonne. Cet argent, je l'accepte! Elle me le donne. Je l'ai dans les mains, là. Je l'emporte. J'attends le soir. Je joue. Je gagne. C'est bien... Je... Oui, j'y vais!
Il boutonnait son habit, cherchait son chapeau.
Il s'arrêta brusquement.
—Et si j'allais rencontrer un de ses amants chez elle. Cette fois, je n'aurais pas le droit de le tuer comme M. de Bruand: s'il me connaissait, il raillerait. Écrire? La lettre peut se perdre. Non. Et puis, non, décidément, pas de son argent, à elle. C'est fini. Qu'elle aille où son destin la pousse, et moi aussi!
Pourtant, il lui fallait un enjeu—il redemandait un levier; où trouver ce qui était sa vie? Il fallait donc recommencer ces âpres chasses à l'or d'autrefois, il fallait espérer au lieu de jouir, attendre au lieu de posséder. A qui se livrer? A qui emprunter? Il devait, il devait partout. Demander encore, c'était dévoiler le secret de sa misère.
—Pas d'amis! se disait-il accablé par le vide qu'il avait fait autour de lui, au temps où dédaigneux de toutes choses, confiant en sa force, il criait le moi seul! de Médée.
Pas d'amis!
Il cherchait, interrogeait, fouillait ses souvenirs et dans cette nuit, dans cette foule qui l'entourait, il ne trouvait qu'un nom, un seul. Bourdenois,
—Oui, Bourdenois. Mais qu'est-il devenu? Sombré! Perdu! Oublié!
Bourdenois! Celui-là peut-être aurait pu le sauver. Le Titan se raccrochait à l'enfant; l'homme fort regrettait le naïf. Terral s'arrêta longuement devant ce nom, plein du passé, et, peu à peu, comme si la lumière s'était faite en lui, il se rappela qu'il l'avait vu imprimé, çà et là, ce nom, il ne savait où,—dans des comptes-rendus de journaux peut-être.