—Vous ne venez pas, Vobrichon? dit le maigre personnage au gros homme qui restait assis.

—Non. Je veux lire la Revue des Deux-Mondes. La machine de Sand m'intéresse!

Fargeau avait pris le bras du philosophe Goussard (ainsi se nommait son maigre interlocuteur), et il avait fait signe à Terral de le suivre.

On sortit. A peine dans la rue, Goussard reprit la conversation où elle en était restée:

—Fargeau, mon ami, dit-il d'une voix douce, enfantine (il avait bien quarante-cinq ans), vous n'êtes pas dans le vrai. Vous êtes pour l'anéantissement, je suis pour le progrès. Vous arrêteriez l'humanité dans le bien, je veux qu'elle aille jusqu'au mieux. Nous avons du chemin à faire pour arriver à l'égalité, à la fraternité, à la concorde universelle, mais nous y arriverons.

—Voyons, voyons, dit Fargeau. Vous allez, vous allez! Égalité! c'est joli. Égalité de droits, soit. Mais l'égalité de situation? Goussard, vous êtes un archange, mais vous rêvez.

—Je rêve?

—Ah! çà, voyons, dit Fargeau, il y aura bien toujours des députés et des égouttiers?

—Oh! dit Goussard. Eh bien! non, ajouta-t-il. Pourquoi des députés, quand tout le monde sera heureux? Et pourquoi des égouttiers, lorsque la science, étant arrivée à nourrir l'homme par des vapeurs et non par la matière, et à remplacer le beefsteak par une liqueur concentrée, une essence nutritive, la nature humaine se trouvera transformée et idéalisée? Quand on digérera des parfums au lieu de... Enfin, les égouts seront inutiles, et,—les villes assainies, la santé publique sera sauvegardée,—la vie humaine décuplée, les égouttiers se feront jardiniers, et...

—Et vous avez bu trop de bière, mon bon Goussard. Vous êtes plus Allemand, à vous seul, que toute l'université de Bonn et celle d'Heidelberg... Allez vous coucher!