Parfois, aussi, Cachemire faisait atteler son coupé—car elle était riche, on l'aimait encore, on se ruinait encore pour cette femme qui toussait—et elle donnait ordre qu'on la descendît aux Tuileries.

S'il faisait beau, elle allait s'asseoir sur une chaise, sous les marronniers, et regardait jouer les enfants. Les uns troquaient leurs timbres-postes, les autres jouaient aux soldats, chantant une Marseillaise enfantine, d'autres, une petite pelle en main, bâtissaient des châteaux avec du sable. Les petites filles regardaient leur jupe ballonner. Tout cela était rose, frais, bruyant. Vaguement, Cachemire se disait peut-être que c'était bien beau un enfant et que ce devait être bien bon.

Elle prenait le soleil. Ses yeux fatigués allaient du jardin à la rue, d'un arbre à l'autre. On voyait passer derrière la grille un omnibus chargé de monde, le chapeau de cuir d'un cocher ou le casque d'un municipal. Cela l'amusait. Et le soir, quel contraste! Étendue sur le coussin rouge d'un restaurant, elle chantait, riait, comme si la fièvre ne l'eût pas rongée, comme si elle n'eût pas dû payer, le lendemain, par un accablement énervé ces secousses toujours nouvelles.

Les médecins qu'elle appelait ne lui disaient pas le nom de la maladie. Cette maladie avait tant de noms. Elle le cherchait dans les tarots. Les cartes disaient: «Tu guériras!» Mais il fallait éviter la glace, ne pas se regarder. Ses yeux plombés, ses joues livides lui répondaient alors: C'est bien fini.

Elle se roulait parfois, déchirant ses vêtements, brisant ses meubles, écumante, répétant comme des râles ces cris:

—Je ne veux pas mourir!

D'autres fois, anéantie, elle demeurait des journées entières, dans un fauteuil, comptant et recomptant les fleurs du tapis ou les dessins de la tenture.

On lui remettait des cartes. Elle lisait les noms.

—Je ne connais pas! dit-elle.

C'étaient les noms de ses amants.