Il s'adossa contre la muraille, et, croisant les bras, demeura là, immobile, les yeux fixés sur le ruisseau.
—Ça n'a pas duré longtemps, dit-il encore tout haut, comme si on l'eût écouté.
Au bout d'un moment, une voix l'appela de l'imprimerie:
—Eh bien, monsieur Joseph, la correction?... On attend la mise en pages!
—C'est juste, dit Joseph.
Et il se remit au travail.
Joseph,—le frère de Victorine Herbaut, le premier amour de Cachemire,—était prote depuis un an, à l'imprimerie J. D. De temps à autre il écrivait, donnait des articles à quelques journaux démocratiques, écrivait des notices pour des petits livres, pour la Bibliothèque du peuple à bon marché! Il avait vécu tant bien que mal depuis le temps, suivant toujours la droite voie, laborieux, oubliant chaque jour sa gaieté folle d'autrefois pour une résignation douce, aimé de ses camarades, à tous dévoué, organisant, en manière de distraction, des loteries, des représentations, des comités de secours pour les ouvriers pauvres, et trouvant toujours,—comme jadis,—le petit mot pour rire, au fond de toutes choses, mais un petit mot trempé de larmes.
La journée finie, Joseph s'informa de l'heure où l'on enterrait Cachemire.
C'était pour le lendemain «onze heures pour midi.» Il fut exact. La bière était déjà sous la porte, avec les tapisseries noires, les cierges banals, des chandeliers qui servent à tout le monde, le goupillon que de vieilles femmes prenaient, en passant devant le portail, d'un air indifférent qui voulait être ému.
Joseph demeurait dans la cour, songeant, les yeux et le cœur gros.