—Ah! la pauvre femme! Vous la connaissez, Léon? dit Cachemire en joignant ses mains gantées.
—Non.
—Eh bien, je voudrais la connaître, moi... Je ne sais pas, ce que vous me dites-là m'a remuée... Elle doit être tout en sang. On voit ses blessures, n'est-ce pas? Conduisez-moi chez elle, monsieur. Mais, au fait, venez avec nous, Léon!
—Soit, fit M. de Bruand.
Il donna ordre d'atteler. Fargeau monta en voiture à côté de Cachemire, en face de Léon. De temps à autre il s'essuyait le front et se penchait à la portière. L'odeur de patchouly qu'affectionnait Cachemire lui montait à la tête et l'étourdissait.
On arriva devant la maison de Fargeau. Cachemire monta la première. L'escalier était gras, humide, et sa robe criait en l'essuyant. Elle se rappelait l'escalier de la chaussée du Maine. Arrivée au troisième étage, elle s'arrêta:
—C'est bien là, n'est-ce pas?
—Oui, dit Fargeau.
—Elle vient ici comme elle irait à l'Ambigu, songeait M. de Bruand.
La clef était sur la porte, Fargeau ouvrit. Après une petite antichambre, dans une pièce éclairée par un feu de charbon de terre brûlant dans un poële de faïence où chauffait une tisane, Cachemire aperçut une femme dont le front était à demi caché sous une bandelette et qui étendait sur la couverture du lit un bras maintenu dans un appareil de bois. La malade fixait sur elle de grands yeux un peu égarés, et, à mesure que Cachemire avançait, semblait plus étonnée et plus inquiète. Tout à coup, elle poussa un cri étouffé, et Cachemire y répondit par un nom, en reculant, toute rouge: